MANIFESTATIONS ALLERGIQUES RESPIRATOIRES CHEZ UNE POPULATION EMPLOYEE DANS UNE UNITE DE FINISSAGE DE TEXTILES
Leïla Daly1, Wided Boujemaa1, Elias Hassine2, Abdellatif Chabbou2, Habib Nouaigui1
1Institut de Santé et de Sécurité au Travail, MAS
2Unité de Recherche sur le Poumon Profond E45C08, MSP
L’industrie textile est connue pour être pourvoyeuse d’atteintes respiratoires allergiques et particulièrement d’asthmes professionnels. Si la responsabilité des fibres textiles végétales dans ces pathologies a été établie très tôt, l’implication des fibres synthétiques mais aussi des produits employés pour le traitement des textiles joue un rôle reconnu actuellement.
UDans le but d’évaluer l’ampleur des problèmes allergiques respiratoires dans le secteur du finissage textile, nous avons entrepris une étude portant sur les manifestations allergiques respiratoires.
OBJECTIFS : il s’agit :
1°) d’estimer la fréquence des manifestations allergiques type rhinite, asthme, équivalent d’asthme,
2°) d’explorer l’hyper-réactivité bronchique non spécifique (HRBNS) chez les sujets symptomatiques
3°) d’identifier les postes de travail susceptibles d’être à l’origine de ces symptômes.
MATERIEL ET METHODE :
Nous avons étudié les manifestations allergiques respiratoires chez les travailleurs d’une unité de finissage du secteur textile dans une entreprise de la région de Tunis, au cours de l’année 1997.
Il s’agit d’une étude descriptive transversale intéressant principalement l’appareil respiratoire, les manifestations allergiques et l’exposition professionnelle. Le recueil des données a été effectué par questionnaire (données sur le salarié, symptomatologie, antécédents, histoire professionnelle), spirométrie, dosage de RAST, tests cutanés, tests de provocation bronchique non spécifique (HRBNS) et étude débimétrique.
RESULTATS ET DISCUSSION :
La population étudiée, qui est de 141 salariés, est exclusivement de sexe masculin, ayant un âge moyen de 43 ans, comportant 62% de tabagiques (87). Les 2/3 des salariés ont plus de 10 ans d’ancienneté au travail. Au moment de l’enquête, 60% (85) occupent un poste de travail estimé exposant à des produits chimiques de traitement de textiles et 25,5% des salariés (36) rapportent des antécédents de manifestations allergiques diverses. Enfin deux sujets sont connus asthmatiques.
Les manifestations de type allergiques (ORL, bronchiques ou oculaires) rapportées au moment de l’enquête intéressent 38% des travailleurs (53). Cependant, seuls 11% (15) rapportent une rythmicité strictement liée au travail. La spirométrie retrouve un trouble obstructif chez 21% des salariés (29) parmi lesquels 76% sont tabagiques (22). L’étude des signes fonctionnels, principalement respiratoires et de la spirométrie a permis de faire ressortir 21 salariés (15%) chez qui une suspicion d’allergie respiratoire a été retenue (dont les deux asthmatiques connus).
L’exposition aux produits de coloration est retrouvée chez 18/21 (86%) d’entre eux. Ces travailleurs ont subit des investigations plus poussées pour individualiser le type d’atteinte : prick-tests et RAST, HRBNS chez les sujets à spirométrie normale et débimétrie sur le lieu du travail. Une pathologie respiratoire a été confirmée dans 16 cas, avec dans 10 cas un diagnostic d’asthme ou d’équivalent d’asthme d’origine ou à composante professionnelle.
CONCLUSION :
La prévalence d’asthme ou d’équivalent d’asthme est ainsi estimée à 10/141 soit 7,1% dans l’unité industrielle étudiée. Elle est manifestement supérieure à la prévalence de l’asthme dans la population tunisienne qui est estimée entre 3 et 4%. Pour les deux cas d’asthme déjà connus, on ne doit pas en exclure l’origine professionnelle. Nos résultats sont similaires à ceux d’autres études à méthodologie comparable. Dans ces études, l’exposition professionnelle aux colorants est impliquée dans la grande majorité des cas.
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